Les immortelles

22 avril 2017

Pourquoi ce livre ? (Michel Renard) - 24 mars 2006

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Les immortelles, Pomme Jouffroy,
éd. du Palmier, Montpellier, 2005

 

 

Pourquoi ce livre ?

 
Pourquoi s'arrêter sur ce livre ? Parce que j'ai connu Pomme il y a plus de trente ans, à l'Uncal, et que cela confère, croit-on, le privilège de détenir quelques clés d'accès à son écriture. En vain... Car si la littérature procède du biographique, elle le métamorphose en un rébus aux multiples sens.
Pourquoi alors s'arrêter sur ce livre ? Parce qu'il ouvre l'esprit à un cheminement kaléidoscopique dans l'univers féminin et qu'il cotoie quelques références de la plus haute culture. Toutes ces immortelles ont eu à se confronter aux formes extrêmes de la violence. Leur sagesse à la dépasser, dans l'imagination de Pomme Jouffroy tout au moins, constitue un salutaire contre-point en ces temps de barbarie.

Michel Renard

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Euryclée - En vérité, Ulysse est de retour ! il est à la maison ! c'est comme je te dis ! C'était lui l'étranger que, tous, ils outrageaient : Télémaque savait de longtemps sa présence, mais prudemment gardait le secret de son père, pour lui donner le temps de punir ces bandits.
À ces mots Pénélope en joie sauta du lit, prit en ses bras la vieille et, les yeux pleins de larmes, lui dit ces mots ailés :
Pénélope - Bonne mère, ah ! vraiment, tu ne te trompes pas ? Si, comme tu le dis, il est à la maison, comment  donc a-t-il pu, à lui  tout  seul, abattre cette troupe  éhontée ? Car chez nous, c'est toujours en nombre qu'ils étaient.
La nourrice Euryclée lui fit cette réponse :
Euryclée - Je n'ai rien vu, rien su ; je n'ai rien entendu que le fracas du meurtre ; apeurés, nous restions dans le fond de nos chambres, entre les murs épais et toutes portes closes. De la grande salle, enfin, Télémaque, ton fils, que son père envoyait, me cria de venir. Quand je revis Ulysse, c'était parmi les morts, debout ; autour de lui leurs cadavres pressés couvraient le sol battu... Si tu les avais vus, quelle joie pour ton coeur !... On les a mis en tas aux portes de la cour ; il a fait un grand feu ; il a brûlé du soufre ; la salle est toute belle : il m'envoie te chercher ; suis-moi ! que vos deux coeurs s'unissent dans la joie, après tant de souffrances !... tes voeux de si longtemps, les voilà donc remplis : tu l'as à ton foyer, il est vivant ; chez lui, il a pu retrouver et sa femme et son fils !... et tous ces prétendants, fauteurs de tant de maux, il a pu s'en venger en sa propre maison !

Homère, L'Odyssée (chant XXIII), trad. Victor Bérard, Folio, 1997, p. 436-437.

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- Res nullius, le troisième roman de Pomme Jouffry (éd. des Femmes, mai 2007)

 

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20 mars 2006

Qui sont ces immortelles ?

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Qui sont ces immortelles ?




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"Il fallait en finir avec les immortelles, je les ai invitées à dîner ! Je ne savais plus où les ranger pour être tranquilles, elles encombraient mes chaussures le matin, mon oreiller le soir. On verrait bien ! Une soirée de filles. Hors de question que nos assiettes se tiennent debout derrière nos têtes ! Le festin s'imposait."

Pomme Jouffroy, Les immortelles, 2005



Quatrième de couverture

Qui sont ces immortelles ? De Pénélope la fidèle à Médée l'infanticide, pour quelles raisons se sont-elles sacrifiées à des sentiments amoureux qui surpassaient Ulysse ou Jason ?
L'auteur a tenté de se mettre à leur place pour mieux les approcher : Schahrazade la plus fine de toutes qui tient le roi Schahriar en haleine grâce à ses talents de conteuse ou Laylâ abandonnée par la folie de Quays.
Elles portent la légende et chacun de nous les connaît : Iseult, Héloïse, Chimène... Comment peut-on épouser l'assassin de son père ?
Douze comme les apôtres, au cours d'un dîner auquel les a conviées l'auteur, elles vont chacune raconter leur histoire. Dire un Évangile bien particulier, parfois provocateur et parfois émouvant. Elles ont aimé de toute leur âme, parfois jusqu'à la mort comme la femme du Hollandais, parfois malgré la mort comme Violetta. Madame de Clèves a inspiré un des premiers romans de l'histoire, Marie-Madeleine a été sanctifiée. Quant à Juliette sur son balcon, Shakespeare l'a rendu inoubliable, personne n'a osé l'approcher depuis.
À une exception près*, toutes ces femmes ont été décrites par des hommes. Une femme fait parler des femmes. Une femme se met dans leur peau pour comprendre, replacer le débat dans des valeurs plus proches de la réalité que les hommes ne l'ont fait.
Le destin tragique de l'amour légendaire passe par la poésie, la musique, le cinéma et la peinture. L'art mènera nos héroïnes par des chemins surprenants à rencontrer Pablo Picasso venu mettre son oeil infiniment curieux dans ce tableau.


Éditions du Palmier Littérature


La Princesse de Clèves a été écrit par Mme de Lafayette.

- commander : Les immortelles, ou chez l'éditeur : les éditions du Palmier
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Presse et compte-rendus

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Parlez-moi d'elles - 9 décembre 2005

par Anne-Cécile Bras

Culture :
- "Immortelles", un livre de Pomme Jouffroy. Fille d'artiste, chirurgien et femme engagée, elle se lance pour son deuxième livre dans une chevauchée littéraire avec des héroïnes célèbres… Elles sont femmes, lucides, rebelles ou dérisoires. Elles sont immortelles et modernes ! Interview de l'auteur





Rue de Rome

En mars 2006, est paru le troisième livre de Pomme Jouffroy : Rue de Rome, éd. des Femmes

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«Une nuit sans lune, noire comme l'as de pique, je retrouverais chaque chêne de la forêt mais la rue de Rome pourrait se jeter dans le Mékong je n'y verrais que du feu. En feuilletant le petit livre rouge je me suis perdue dans les labyrinthes de cette ville immense aux maisons collées, ne parvenant jamais à l'atelier sans devanture. J'ai pointé dans le VIIIe, A5, puis j'ai plongé dans le brouhaha du métro.»
                                                                                            Pomme Jouffroy
                  

Une jeune femme est engagée dans un atelier de lutherie de la rue de Rome pour y faire son apprentissage : mais sur celui-ci pèse le souvenir fascinant du luthier qui le dirigeait avant de mourir. Souvenir qui paralyse l’ancien assistant qui a repris l’atelier, et qui s’immisce entre les personnages, jusqu’à se substituer à la relation qui pourrait exister entre eux… (quatrième de couverture annoncée sur le site de l'éditeur, mais non retenue finalement ; d'ailleurs elle ne veut quasiment rien dire...)

un blog sur ce roman de Pomme Jouffroy

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Ne pas confondre "Les immortelles" et "Rue de Rome"

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Ne pas confondre

 Les immortelles et Rue de Rome



Après lecture d'une fin d'article de la journaliste Christine Clerc, j'ai adressé le court message suivant :

Bonjour,

"Et découvrez aussi (aux Editions des Femmes) un nouvel auteur : Pomme Jouffroy. Cette femme chirurgien imagine un dîner où se retrouvent Chimène et Médée, Electre et Pénélope, une douzaine de femmes mythiques drôlement «pêchues» et qui nous surprennent à chaque ligne !"

Pomme Jouffroy, que j’ai connue il y a longtemps, a écrit Les immortelles, un livre dans lequel elle prête à des femmes décrites par des hommes, des sentiments et des réactions de femmes.
Électre ne figure pas dans cette assemblée, mais : Pénélope, Médée, Marie-Madeleine, Iseult, Héloïse, Layla, Schahrazade, Juliette, Chimène, la Princesse de Clèves, la Violetta de la Traviata, Pandora (Ava Gardner) du Hollandais Volant. Et le livre est publié aux éditions du Palmier (Nîmes)... c’est son dernier et tout récent ouvrage, Rue de Rome qui est publié aux éditions des Femmes.

Étonnants portraits que ceux de Pénélope et de Médée, celui de Marie-Madeleine surtout, qu’accompagne une réflexion sur des valeurs religieuses... très humaines.

Un talent d’écrivain : "Tristan entrait en moi par toutes les portes de mon corps, par mes yeux étoilés et par mes oreilles avec la parole dont il usait comme escorte".

En réalité, Pomme Jouffroy se sert de ces femmes... mortelles pour décrire un universel féminin (immortel ?) qui dépasse les cultures. On veut la croire.

Michel Renard


michelrenard2@aol.com


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