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Les immortelles, Pomme Jouffroy,
éd. du Palmier, Montpellier, 2005

 

 

Pourquoi ce livre ?

 
Pourquoi s'arrêter sur ce livre ? Parce que j'ai connu Pomme il y a plus de trente ans, à l'Uncal, et que cela confère, croit-on, le privilège de détenir quelques clés d'accès à son écriture. En vain... Car si la littérature procède du biographique, elle le métamorphose en un rébus aux multiples sens.
Pourquoi alors s'arrêter sur ce livre ? Parce qu'il ouvre l'esprit à un cheminement kaléidoscopique dans l'univers féminin et qu'il cotoie quelques références de la plus haute culture. Toutes ces immortelles ont eu à se confronter aux formes extrêmes de la violence. Leur sagesse à la dépasser, dans l'imagination de Pomme Jouffroy tout au moins, constitue un salutaire contre-point en ces temps de barbarie.

Michel Renard

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Euryclée - En vérité, Ulysse est de retour ! il est à la maison ! c'est comme je te dis ! C'était lui l'étranger que, tous, ils outrageaient : Télémaque savait de longtemps sa présence, mais prudemment gardait le secret de son père, pour lui donner le temps de punir ces bandits.
À ces mots Pénélope en joie sauta du lit, prit en ses bras la vieille et, les yeux pleins de larmes, lui dit ces mots ailés :
Pénélope - Bonne mère, ah ! vraiment, tu ne te trompes pas ? Si, comme tu le dis, il est à la maison, comment  donc a-t-il pu, à lui  tout  seul, abattre cette troupe  éhontée ? Car chez nous, c'est toujours en nombre qu'ils étaient.
La nourrice Euryclée lui fit cette réponse :
Euryclée - Je n'ai rien vu, rien su ; je n'ai rien entendu que le fracas du meurtre ; apeurés, nous restions dans le fond de nos chambres, entre les murs épais et toutes portes closes. De la grande salle, enfin, Télémaque, ton fils, que son père envoyait, me cria de venir. Quand je revis Ulysse, c'était parmi les morts, debout ; autour de lui leurs cadavres pressés couvraient le sol battu... Si tu les avais vus, quelle joie pour ton coeur !... On les a mis en tas aux portes de la cour ; il a fait un grand feu ; il a brûlé du soufre ; la salle est toute belle : il m'envoie te chercher ; suis-moi ! que vos deux coeurs s'unissent dans la joie, après tant de souffrances !... tes voeux de si longtemps, les voilà donc remplis : tu l'as à ton foyer, il est vivant ; chez lui, il a pu retrouver et sa femme et son fils !... et tous ces prétendants, fauteurs de tant de maux, il a pu s'en venger en sa propre maison !

Homère, L'Odyssée (chant XXIII), trad. Victor Bérard, Folio, 1997, p. 436-437.

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- Res nullius, le troisième roman de Pomme Jouffry (éd. des Femmes, mai 2007)

 

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